RENAUD BARGUES
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Au départ, une banque d'image, des images sur le net des images en photos et des œuvres d'art dans les musées. Puis un travail dans l'atelier où tous les médiums s'interconnectent. Dessin à l'encre de Chine, peinture à l'huile, aquarelle, collages. Puis il y a les lieus, les bâtiments, les architectures et les paysages. Mon espace mental et pictural s'organise en lignes de forces. Des lignes continue qui cavalent et se subdivisent, s'élargissent, et s'étalent. Je décline les espaces et les fusionne. L'expérience s'apparente à la sublimation, (spéculation au sujet du néon) un instantané, qui se solidifie dans le temps et pose une pierre à l'édifice. Un édifice architecturé, composé par des pièces aux fonctions différentes mais toutes interconnectées. Chaque pièce nous revient à la gigantesque production d'images:un strip-tease social (selon ma démarche) . Toutes mes créations se produisent sur une forme d'humour, que ce soit pour faire passer un message joyeux ou macabre.

American Reversible House  peinture à huile de 2012
240 cm par 180 CM
collection privée 

Villa Noailles, peinture à huile de 2019, 

Le territoire

Pour voyager en terrain « Bargues » pourquoi ne monteriez-vous pas  à bord d’une ligne imaginaire de train de banlieue ?
Vous voilà partis pour un voyage hypnotique à travers le Bronx, Nanterre, Brooklyn, Saint Denis, Aubervilliers, le Queens, les quartiers suds de Tokyo entre Shinagawa et Kawasaki…

L’univers de référence reste pour Renaud l’Amérique. Une amérique de clichés dont elle abreuve le monde en déversant les milliards de pixels de ses images publicitaires et cinématographiques.  Une amérique-worldculture gonflée d’images de séries policières, de drames de voisinages, d’enquêtes et d’interviews peuplées de Waynes, des latinos, des asiatiques, des afros, des caucasiens anonymes. Des Sues, des Davis et des Charlie vont venir s’encadrer dans le blanc de la feuille.

De part et d’autre de votre train s’étirent les longues lignes de béton, ciment, macadam, lignes de maisons, barres d’immeubles, bidonvilles.
Zones habitées puis désinvesties.
Alternance d’entrepôts, d’usines. Affiches, panneaux. Alignements de constructions standard, indéfinies, intermittentes.  Zones indistinctes ou la terre surgit par endroits comme autant de cicatrices dans le tissu urbain. La nature scarifiée de poutrelles de métal, mangée par le ciment et les décharges improvisées. Un paysage de fils, de poteaux, d’antennes embrouillés qui s’étirant interminablement.  Zone. Vides. Nouvelles constructions qui défilent. On se souvient vaguement qu’avant la soit-disant « civilisation » poussaient ici, futaies bois ou prairies vierges de toute intervention humaine.

Renaud écrit avec sa ligne des visages et des corps. Le trait est coulure. Puis se répand en taches et envahit l’espace de lumière noire.
Il ponctue de ses saynettes la folie d’un monde conquérant

Presque toujours ses figures seront titrées, sur titrées, sous titrées d’aphorismes et de manchettes en anglais.
Renaud est l’artiste qui se dépeint en clown et conte l’aliénation ordinaire avec ses petites pièces en un acte : un personnage, des personnages, une attitude, une activité, une légende, un mot , une courte phrase. Chacun vient présenter sa pensée du moment avec un peu de décorum.
Surgiront alors des dessins nés d’une seule expulsion de violence picturale.  Crues sur fond blanc, les vedettes ordinaires de Renaud viennent nous dire un mot. Faire une courte déclaration. Rébus ironique toujours en anglais.

Pourquoi l’anglais ? par dérision et parce que le monde est anglicisé. Simple constant de l’omniprésence de la « lingua franca » latin moderne de l’empire capitaliste et libéral internationale de la fausse pax américana.
Prenez la « Y house »  par exemple : cette maison décrite par une ligne continue et sous un angle très diagonal laisse deviner sa monumentalité impérialiste. Du néo classicisme, du style géorgien peut-être ? 
Vous semble-t-elle familière ? Elle est «y » mais n’est-elle pas aussi Why… ou serait-elle « why…te » house ?

Pourquoi l’Amérique ? est-elle toujours source d’inspiration ? pourquoi un artiste français continuerait-il à l’évoquer par toutes sortes de symboles alors que la bannière étoilée a terminé 2012 avec une dette de 16.394 milliards de dollars. Alors qu’en 2013 la FED a prévu d’imprimer 85 milliards par mois, soient pas loin de 3 milliards chaque jour…C’est le vertige de cette Amérique du capitalisme-libéralisme mondial qui a répandu son modèle à travers le monde que Renaud conjure par sa ligne et ses mots.

Les dessins de Renaud causent dans langue mondiale de la publicité, des slogans et des marques, du dollar et de la FED, des Bush et Bush et du 9.11. La culture est universelle. Les références sont mondiales mais l’orientation toujours la même : violence urbaine et répression, truands et flics. 

Notre frénétique monde de production d’images fournit à Renaud prétexte à sa propre production. Il ne se dit pas artiste, existe-il en tant qu’artiste ? Peu importe, il est. Et surtout il produit. Il produit à foison et il partage.
Lui aussi participe à la production mondiale. Il développe avec systématisme des séries thématiques qui semblent appartenir à un vaste  enchainement filmique.

Rébus  : Kanji japonais, boite, boite, double trident . Un personnage en veste noire et pantalon. Fièrement campé. Conquérant. Massif . « Looking for my money » Business man conquérant, Kanji japonais que je connais, « Exit » inversés.

Le voyage

Sonnerie de quai. Au choix :
 
- New York. Ligne 2, de Brooklyn College à Flatbush Avenue. Wagon de banlieue à éclat métallique fané disparaissant sous les graffitis. Montez là et descendez où vous voudrez du sud de Manhattan au nord du Bronx.  Restez assis. Rêvez les yeux ouverts.

- Hibiya - Tokyo. Prenez la Chiyoda - ligne C-  jusqu’à Kita-ayase : sortez à C20.  Laissez-vous flotter tout au long  long, abandonnez-vous au défilement monotone des stations. Crissements de métal. Freinages. Fracas et roulis ronron qui alternent.

- Paris Saint Lazare ;  direction Nanterre, Aubervilliers. Sonnerie qui huhule. Vite les portes vont se fermer. Ouf, vous y êtes. Un siège. Une vitre accueillante pour la tête fatiguée du fracas de la ville. Tendu vers l’objectif vous avez le droit de vous abandonner au flottement de la rêverie.

Vous êtes assis. Emporté. Berçé par les cahots de la rame. Ouvrez vos yeux et ne regardez plus le monde « réel ». Entrez dans un monde façon « Matrix » peuplé de personnages surgissant dans l’espace blanc et sans dimension du cyclo d’un photographe.

La ligne


L’espace mental et pictural de Renaud nait de l’encre et de constructions issues d’un seul souffle, d’une ligne continue qui cavale et se subdivise, s ‘élargit, s’étale en taches d’un noir profond et se recondense aussitôt.
5, 24, 40, 60 images secondes. La bande dessinée intime du théâtre mental de Renaud démarre et s’anime et se peuple d’une foule d’images SEQUENCES recréées par la vivacité d’un trait noir qui ne cesse de changer direction et d’épaisseur.
Chaque image arrêtée est sous-tendue par une intensité filmique qui nous renvoie à la gigantesque production d’images animées de l’univers policier et du fait divers.

Il semblent bombés par un graffeur. L’énergie qui s’en dégage nous renvoie au geste d’une calligraphie rageuse moderne et occidentale qui escorte toutes les voies ferrées et envahit comme un chiendent les parois de nos cités mondiales.
Ici, c’est l’encre noire qui remplace la peinture à la bombe. Un noir de poix dense et lourd.

Renaud Bargues livre son univers foisonnant d’images séquences recrées par la vivacité d’un trait noir en perpetuelle mutation. Vivant. 

Un jeu d’écriture prolonge notre attention par l’ajout de titrages  plus ou moins énigmatiques

Renaud va vous emporter par la tension de son trait d’encre dans un univers de pièces en un acte pour vedettes anonymes venues dire leur opinion du monde.
Son univers graphique compose une trompeuse fresque de la pax américana. Paix mondiale ? guerre mondiale permanente sans bombes atomiques, guerilla économique où s’affrontent toutes les nations commerçantes sur une partition écrite par tout une cohorte de théoriciens du libéralisme et du capitalisme. L’homme est le prédateur au sommet de la chaine alimentaire.

Le train fantôme serpente entre zone indéfinie et le centre surdéfini : de ce point de vue subjectif Renaud se place pour observer le monde et l’évoquer sous l’angle de séries.

Hip Hop, bagnoles, architectures, structures, et personnages

Il y a le monde propre et esthétique, la réalité bien organisée des structures et son pendant de chaos émotionnel

an de cette profusion dérangeante, de ces Fifty Balls for friends FBFF … c’est comme ça que je l’ai connu étalé sur les murs d’un salon de coiffure hype du quartier de la Bastille.  Fifty balles comme le prix d’une séance de psy.
Comme Hopper et bien d’autres, le seul autoportrait de la série est un clown saisissant de ressemblance titré « As myself ». Souffrance et dérision. Affection pour des inconnus décodés au scanner mental de celui qui sent de l’intérieur comme retranscrire l’essentiel du message.  

La rue. Des femmes. Des hommes. Des personnages. Serial thinkers, killers, shooters. AMOK. Les bagnoles. Les lignes de fuite d’un terrain de tennis, les arêtes d’un bâtiment, la géométrie escaladante d’un pylône électrique.  Autant de prétextes pour Renaud qui dévide son fil d’ariane pour les recréer avec toutes leurs déformations.
Les carroseries comme les êtres sont beaucoup cabossés. Dessiner.  Encore dessiner.
Dire
Ndlr : Comme quelqu’un que je fréquente tous les jours (Bernard que j’appelle plus habituellement … « je » « moi » ou « moi je ») Renaud collectionne les émotions à  traduire en dessins. Moi , ce seront plutôt les photos, les mini-films . Renaud et moi nous rejoignons sur les mots. Les mots qui envahissent l’espace sonore. Renaud est un collectionneur. Mais au lieu d’acheter des objets , il va chercher à l’intérieur de lui, des images, des clichés à retranscrire avec son pinceau ou sa plume trempés dans le sang de l’encre noire. Noire. Encre profonde.

Chaque confrontation avec un de ces entrelacements de lignes, mon oeil est pris. Une force centrifuge s’empare de mon regard puis de mon esprit.

Spectacles fugitifs d’humains qui surgissent du néant.

Continue, continue à faire jaillir ces personnages titrés, sous-titrés, légendes légendées. Dans un rythme frénétique tu déroules la bobine de ta ligne d’encre, noire comme le pétrole qui coule dans les veines de l’Amérique et du monde conquérant pressé d’en épuiser jusqu’aux dernières gouttes dans sa course à l’abime.

La  ligne des dessins de Renaud est une sombre poix trempée dans les profondeurs de son angoisse et qui décrit de ses méandres les sentiments qui affleurent et se muent en une parade de personnages plus ou moins définis,  immobiles ou en action. Tous arrivent au bord de cette scène sans sol ni dimension pour témoigner  dans une bande dessinée sans cadre ni déroulement narratif. Chaque dessin se suffit à lui même. S’offre comme une totalité éternelle.

D’un bloc d’encre surgit une chevelure de hachures. Sarcophage pour la momie de Cindy Sherman. Enigmatique mise à mort d’une des divas du non moins célèbre Larry Gagosian. Cindy la photographe qui se met en scène depuis trente ans en se grimant. 

Voyage en banlieue


L’ album de famille de personnages tous étrangers entre eux mais liés organiquement par un fil qui trace ses méandres.   

Les noirs intenses s’accumulent en taches liquides. Les hachures se précipitent.

L’Amérique des séries policières, des drames de banlieue.  Des vedettes ordinaires viennent poser sur cette scène sans cadre ni sol. A peine esquissées, elles sont venues nous dire juste un mot, faire une courte déclaration sur leur opinion dans la vie. Puis elles disparaissent à nouveau.

Flashes d’intensité qui se succèdent comme vues du wagon de train d’une banlieue du monde lancé à toute allure , des formes surgissent

Surgissant du blanc de la feuille pour  imposer leur récit des personnages apparaissent et disparaissent. Convoqués par Renaud dans cette sequence éclatée. Chacun arrive avec son témoignage sur l’absurdité d’un monde qui court et court vers un destin fatal.

Voyage au bout du jour
 
Vers l’EST.
Times Square station - Manhattan 5h20 du matin . Chaque jour Je prends la ligne 7 qui m’entraine au cœur du Queens. J’irai jusqu’à Flushing Avenue. J’irai jusqu’au bout de la ligne et retour. Voir le soleil se lever. J’aime aller vers l’est . Je pars tôt pour être sûr d’être assis, collé contre la fenêtre. Je m’endors immédiatement bercé par le chaot régulier de la rame. Ici c’est l’envers du décor, les dessous de l’affaire. Au dessus, dans la Gotham Gommorrhe de la world culture, les images lisses et retouchées à mort sur photosh…(censuré copyright) s’étalent en milliers de mêtres carrés, imprimés laser dernier cri, milliards de pixels. Peaux sublimes, cils sublimes, vêtements sublimes, carrosseries rutilantes.
Là haut des milliers d’écrans diffusent des milliards d’images seconde. Des petits, des moyens, des grands écrans qui diffusent des plans courts, quelques secondes d’action pensées, calculées millimétriquement par des pros du scénar ou de la pub, par les rois de l’entertainment, de l’enquête-crime-coroner-forensic et du serial shooter, killer, murderer.
Moi, je m’en fous, j’ai mon cinéma perso. J’y convoque qui je veux pour les castings de mon cinéma à moi, mon bestiaire de quidams que je vais croquer à ma façon.

Là-haut, c’est le règne absolu de l’image lissée. Policée.
Entre deux tranches de mascara « incroyablement performant qui volumizera votre regard de façon insensée »,
C’est qu’il faut durer sur plusieurs saisons voyez-vous…
Moi, je suis peinard dans mon wagon qui m’emporte vers la surface. Dès qu’on quitte le pénis hérissé de piques de Manhattan fiché verticalement dans la baie de l’Hudson la ligne refait surface.

Ne pas dire aux gens à l’avance ce qu’ils vont ressentir/ Susciter la curiosité
Ne pas  enfermer l’autre.
 
Çà c’est une chose ...
 
Cindy Sherman
 
Depuis ses tout premiers travaux il y a plus de trente ans, Cindy Sherman se sert presque exclusivement de sa propre personne comme modèle et support de ses mises en scène. Série après série, elle figure, à l'aide d'accessoires divers (maquillage, vêtements, prothéses) des personnages qu'elle invente et photographie en studio. Ce faisant, elle accomplit une des œuvres majeures de notre époque, une des premières, avec celle de Jeff Wall, à être entièrement réalisée avec la photographie comme support.
La rétrospective présentée au Jeu de paume, où figurent des œuvres de 1975 à 2005, permet de lire l'évolution de son travail, son inventivité foisonnante, les différentes lignes de force qui le structurent et les très riches interrogations qu'il soulève.


Autres œuvres chamaniques
à l'attention de Vincent Van Gogh

TEXTE DE Thibault Franc, avril 2015  avril 2015 Arles


Sorti d'une longue maladie, fiévreux, efféminé, inverti, rejeté aux frontières du village, le chamane découvre malgré lui le monde des esprits, parfois terrifiants pour celui qui n'est pas encore capable d'utiliser cette capacité à passer de l'autre côté. S'il a de la chance, il est remarqué par un aîné, un original plus expérimenté dans l'art de changer de peau et de gravir les échelles, qui peut le guider, l'initier, transformer cette anormalité en une richesse pour le groupe. Renaud Bargues s'installe sous les arcades du Carré Van Gogh ; un ancien hospice où le peintre fût interné une première fois pour tenter de remédier à ses excès, ses accès, ses sorties. Renaud tourne autour du bassin circulaire au milieu des arbres, il y voit une roue, un gâteau d'anniversaire, un space cake digne du chapeau rond des oronges tue-mouches, champignon divin mangé en cercle puis pissé par les sorciers sibériens dans le gobelet du voisin, pour atteindre l'au-delà en économisant l'amanite. Il assemble des fragments de néon comme des ossements de baleine, les côtes d'un cétacé levées pour monter la tente de peau, la yourte, et trace un cercle bleu sur le mur, comme un enfant trace à la craie un cercle parfait, pour invoquer les génies. C'est sa période bleue, l'heure du grand casse, un tunnel à percer et puis il mettra la main sur des richesses indescriptibles. Un trou béant désormais nous guette, miroir dans l'atelier du peintre Bacon, l'orifice pour naître, ce chas de l'aiguille où ne pourront passer les riches au jour du jugement. Gorgo, Mormo, astre bleu lunatique, frère caché du soleil jaune orangé de Vincent par dessus les labours, complémentaire, mais vu de l'autre côté du monde, depuis le versant des ombres et des frères morts, l'œil dans la tombe et la bouche du puits scellé. Renaud nous invite à une ronde pour rouvrir la porte ; il a tissé le fil d'un dessin qui court tout le long des murs, avec des barreaux perpendiculaires, des anecdotes, des fulgurances, pour aider à l'ascension. Il propose une possible narration de l'Histoire impossible, celle de la rencontre avec l'Etre, au delà des formes dansantes, iris, maisons jaunes, paysans. Une bordée de jurons, une chambre sens dessus dessous, et toujours cette encre de seiche qui telle un nuage, vient cacher la lune, peut nous faire tomber dans le puits, de l'autre côté du miroir, avec les oiseaux, les arbres, les bêtes d'une nuit lumineuse, généreuse, éclairée de l'intérieur, quand les yeux s'habituent. C'est un chemin dangereux, il faut un bon guide, quelqu'un qui puisse faire le pont entre les mondes, courir sur la margelle et sur le fil du trait de plume, et qui revienne parmi nous pour nous guérir.